Vous reprendrez bien une part de ghetto ?

Publié le par Ju

Êtes-vous déjà allés dans le Tenderloin ?

 

Ca semble beau, ça semble mignon, rien que le nom, on aurait envie de l’embrasser. Tender…love me tender…loin….

 

C’est un quartier de San Francisco.Ca fait rêver, on voit déjà des ruelles éclairées sentant bon le jasmin.

 

Sauf que prononcer Tenderloin devant un San Franciscain, c’est comme dire Voldemort dans Harry Potter. Un frisson parcoure l’échine de votre interlocuteur.

 

Car si San Francisco c’est la 13e ville des Etats-Unis, une ville de nostalgiques du cool, de bobos végétariens, c’est  aussi la 3e ville des Etats-Unis pour sa population de SDF. Au total, 2% de la population est sans-abri.

On les croise principalement, une fois la nuit tombée, dans le quartier latino de Mission, à Haight Ashbury pour la variante « punks à chien », mais surtout en centre-ville, downtown.

 

Petit cours de géo rapide : le centre-ville de SF est délimité par une diagonale, Market Street, une IMG_7453a.jpgimmense artère qui est la colonne vertébrale de la ville, allant du Castro (plus au Sud) jusque l’Embarcadero (au Nord) en coupant en deux le centre-ville.

 

Dans ce downtown, aux buildings léchés, aux enseignes Juicy Couture et gap kids, rien n’autorise à s’inquiéter jusqu’à ce qu’on se promène un peu trop au Sud de Market Street et que soudainement, la réalité de l’Amérique vous saute à la gueule.


Vous aurez la conscience sociale presque aussi lourde que votre sac de shopping. Particulièrement lorsque la nuit tombe et que les yuppies rentrent chez eux, on se croirait dans un mauvais remake de l’Armée des Morts.

 

 

Tout d’un coup, en quelques rues, des liquor store aux enseignes délabrées, des thrift stores (échoppes à bas prix, entre mini-marché aux puces et dons d’associations), des cinémas pornos.

 

tenderloin.jpgLa spécialité locale, que tous les autres quartiers refusent de voir s’installer : les dispensaires de cannabis, car la prescription médicale est légale en Californie.

Mais surtout, partout, des sans-abris.

 

Dans les soirées animées du centre-ville parfois l’on se perd en rentrant à pied. Et à quelqu’un toujours de déclarer « putain les mecs ont est dans le Tenderloin, on se casse ». Car le changement est aussi abrupt qu’invisible, en 3 pas vous avez basculé du monde des nantis à ceux des oubliés du sytème.


Je vous arrête si vous pensez que cet article est la déblatération bourgeoise d’une nénétte qui a passé trop de temps à Neuilly: je sais que coté pauvreté, la France n’est pas épargnée.

 

A San Francisco toutefois, la condition des sans-abris est bien bien différente. Ce sont vraiment des corps décharnés pour la plupart, des corps errants, aux yeux révulsés, sans plus de cheveux, souvent amputés ou en fauteuil. Dans le Tenderloin, des prostituées, mais oui, surtout et partout, des « crack-heads », des accros au crack, qui par leur allure et leur regard oppressant, me font penser à des fantômes.

 

 Les estimations chiffrent que parmi les sans-abris de la ville, 2/3 sont malades mentaux et/ou toxicomanes, et parmi eux, 1/3 sont schizophrènes.  Pourquoi ?

 

Parce que les politiques de droite au retour de la guerre du Vietnam ont fait le choix de fermer la plupart des centres d’aides et des centres de soins. Ainsi les sans-abris portent très souvent la folie sur leur visage quand ils ne vous la hurlent pas à la gueule.

 

Dans le Tenderloin, dix à quinze fois plus de chances de vous faire agresser qu’ailleurs, braquer ou tuer. Bienvenue.in_tyler_1-copie-1.jpg

 

De plus, c'est un problème ethnique. San Francisco est une ville majoritairement blanche et asiatique (30% plus ou moins) et  compte peu d’afro-américains. Or, si vous cherchez des blacks à SF, c’est dans le Tenderloin quasiment exclusivement que vous les trouverez.

 

Quand on sait que SF a une population ayant une couleur de peau noire de moins de 7%, mais je pourrai empiriquement dire que plus de 50% de ses SDF en font partie, on peut longuement réfléchir à qui sont les laissés pour compte de l’Amérique et pourquoi. San Francisco a réussi le tour de force de tous les parquer dans un ghetto urbain résistant au temps, à la police, au progrès social.

 

Quand Inès, venant d’arriver, demanda dans le bus, à une petite mamie asiatique, où surtout ne pas vivre à San Francisco, celle-ci lui répondit  avec le sourire : « Where black people live ».True story. Sad Story.

 

Publié dans God bless america

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Commenter cet article

Marion 09/05/2010 21:28


La classe américaine, en somme...


Louis 09/05/2010 19:22


Juste effrayant...


Georges Abitbol 09/05/2010 19:22


Aime moi tendre, aime moi vrai.