Un vendredi soir normal

Publié le par Ju


Tout était prévu pour que se passe un vendredi soir normal.

 

3e week-end à San Francisco, après un jeudi soir passé à remuer en club, je me sens prête à attaquer la journée de vendredi. Il fait beau, le taux d’humidité est en dessous des normales saisonnières.

 

La journée a commencé par un brunch magnifique, avec scrambled eggs et bagel au raisin et à la confiture de myrtilles (oui, avec moi on en vient vite aux bagels) pour un prix ultra-compétitif en compagnie d’Inès sur Haight Street. Comme la bouffe en ce moment  compose 60% de mon capital de bonheur journalier (le loriot n’est pas là, que voulez-vous), la journée est déjà considérée comme excellente.

 

IMGPSH0002--1-.JPGEnsuite double bonheur, extase suprême, mot compte triple : je m’achète une paire de pompes, elle aussi a un prix défiant là encore toute concurrence. Les chaussures, qui composent également une bonne part de mon capital bonheur. EXCELLENTE journée, vous dis-je.


Le soir nous avons prévu de nous rendre avec Inès à l’Indie festival, un festival de musique sur San Francisco, la génération 2.0 s’échange les myspaces, checke sur google map où se trouve le bar, consulte les changements à faire en bus …

 

On y va avec Callie, américaine, et Angela, italienne, qui sont les collocs d’Inès avec qui je m’entends très bien. Inès et moi avons nos nouvelles chaussures aux pieds, de la salade d’avocat dans le ventre, de la vodka dans le sang, le monde nous appartient, nous sommes prêtes pour une expérience américaine.

 

Une fois arrivées au Bar, qui se situe dans le quartier Soma (South Beach), un gros Jacky nous ouvre les portes de ce qui, de qui ressemble plus à un bar clandestin qu’à un bar de festival, et qui, nous ne le savons pas encore, va être le lieu d’une découverte mystique.

 

Il y a un groupe en place, les Evangenitals, énergique groupe de country de quadras en boots et robes à fleurs, tatouages et cheveux ébouriffés, qui braille avec énergie et rythme des hymnes à la femme tels que « My hairy vagina » entre autres joyeusetés. On est dans le rythme, la vibe, on swingue, on twiste. Inès hurle « I love my life ! » bref, la vie est belle. Entre deux swings on prend le temps de distinguer dans la pénombre de ce bar où flotte un petit coté saloon, une foule dense d’hommes et de femmes qui ont l’air de s’amuser autant que nous.

 

Puis sur le coup de 23h, les Evangenitals, décidément très sympathoches, font leur chanson d’adieu et nous demandent de ne pas trop porter leurs tee-shirts  car« you might get assaulted from christian people at the mall ». Eclat de rire, qui fait que l’homme qui est à coté de moi me renverse un peu de  sa bière sur mes chaussures. Au moment de me dire combien il est désolé,  je réalise qu’il s’agit d’une femme. Funny.

 

Petit temps de ballotage entre les deux groupes…les lumières se rallument. Je m’aperçois également que le barman est en réalité une barmaid, et que le type qui fait danser sa copine comme un dingue depuis le début est en fait la fille qui fait danser sa copine comme une dingue depuis le début. Marrant.

 

Comment vous expliquer quand tout a basculé. Les Evangenitals ont annoncé en partant un numéro de « choregraphy ». Toutes contentes, on s’en frotte les mains.  On va se poster juste devant le scène. « Come here kiddo you’ll see better » me dit un m’sieur dame avec un tatouage de licorne.

 

Merci , c’est gentil !

 

 Les lumières s’éteignent et là entre en scène, une quinquagénaire plus que bien en chair, avec une perruque rousse et des faux cils, vêtue d’une robe rouge en lycra pailleté. Les lumières s’allument. « Fever » d’Elvis Presley. Avec Inès nous étions dans le déni complet de ce qui se produisait, jusqu’à ce qu’ « Angel »  ôte délicatement son soutien gorge pour nous révéler ses tétons couverts de strass sur le coup du 3e couplet. Le fait qu'elle frotte son gant de velours entre ses seins quelques minutes plut tôt aurait déja dû nous mettre sur la voie cela dit.

 

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A Angel ont succédés Lea et Lola, toute aussi bien en chair et strassées du point de vue tétonesque.

Lola inclut même dans sa performance un moment où elle s’agenouille pour mimer une gâterie à une bonne sœur ce qui a provoque une chaude hilarité dans la salle. Les bottes bikers frappent le parquet avec entrain.

 

Le public archi-fan, glisse des  dollars dans les décolletés de ces jeunes femmes qui viennent tendre leurs seins comme on tend la corbeille de la messe, encouragés par une femme obèse déguisée en Elvis. Angela se montre généreuse avec Angel. Avec Inès on a plus de monnaie. Too bad.

 

Lorsque les « mighty slim pickins » montent sur scène sous un tonnerre d’applaudissements, la salle s’embrase, les filles s’embrassent, et une tornade de protests songs country, emmenés par Betty, charmante et opulente femme vêtue d’une robe zèbre, chanteuse du groupe et compagne d’Elvis dans la vie. La salle est surchauffée, les fans hurlent, et le groupe est rapidement rejoint sur scène par les « artistes burlesques » Angel, Lola et Lea, qui se déchainent en remuant leurs postérieurs massifs au son du banjo hurlant.

 

On sort de là vers minuit-une heure, la vue brouillée, les pieds douloureux, un air d'harmonica dans la tête et une envie nouvelle de se coller des strass à des endroits nouveaux...

 

That must be the San Francisco Effect.

 

 

Publié dans God bless america

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